editorial
Ce blog participe à une réflexion sur les évolutions futures de l'architecture sous l'influence des cultures numériques émergentes. La multiplication des expérimentations de façades « interactives », d’architectures mobiles ou éphémères, d’écrans géants urbains, ne sont-elles pas l'expression, parfois encore balbutiante, d'une pensée "numérique" à l'oeuvre ? Ces initiatives témoignent pour le moins d'un profond dynamisme qui dépasse le simple phénomène de mode. Nous voyons ainsi émerger une architecture qui n’a plus vocation à être immuable dans le temps, mais, au contraire, à révéler les flux (de personnes, d’énergie, de chaleur, d’informations, etc.) qui la traversent physiquement ou symboliquement. Une architecture « vivante », « communicante », qui on pourrait presque dire « habite » son environnement, au sens où ce dernier ne lui sert pas simplement de contexte, mais est en dialogue avec elle.
Cependant ces nombreuses expérimentations architecturales restent pour la plupart confinées dans des interventions de type « façade media », et semblent encore bien timides au regard des mutations profondes de nos modes de vie et des possibilités offertes par les nouvelles technologies, rendues de plus en plus accessibles par des initiatives comme celle du projet Arduino (sorte de mini-ordinateur de la taille d’une boite d’allumette en vente pour une vingtaine d’euros) ou des projets open source comme Pure Data (logiciel libre et véritable couteau suisse de l’interactivité).
Pour comprendre et anticiper les évolutions de l'architecture, il paraît donc indispensable de se pencher sur les pratiques émergentes liées aux "cultures numériques", car ce sont elles qui vont guider, motiver les futures mutations de nos sociétés, et qui vont inspirer les futures générations d’architectes. La question des « outils » devient alors cruciale. En effet, les nouvelles technologies ne constituent pas seulement un support privilégié de ces pratiques émergentes, elles traduisent également des nouveaux processus de pensée et des nouvelles façons d’appréhender le monde qui semblent constituer le cœur même des « cultures numériques ». L'architecte doit s'inventer des nouveaux outils de création, soit les créer entièrement, soit s'approprier des outils existants et les orienter selon sa perspective : celle de la construction de notre environnement dans les rapports qu’il crée avec et entre les individus. Rapport complexe qui se tisse différemment selon les sociétés et les époques dans lequel l'architecte n'a d'impact a priori que sur la définition de l'espace lui-même.
Plutôt que de proposer un nouveau blog qui tenterait de fonder une expertise à partir d’un catalogue des projets actuels les plus pointus, nous allons procéder par des mises en relation et des comparaisons entre des pratiques émergentes de différents domaines traversés par le numérique : l'art contemporain, le spectacle vivant, la mode, le design, etc. Nous allons en particulier relever les technologies ou les projets qui paraissent proposer de nouveaux modes de relation entre l’homme et son environnement, en bousculant ou renouvelant nos habitudes perceptuelles.
lundi 24 août 2009
premier exemple : le "video mapping"
Plusieurs groupes d'architectes / artistes explorent cette direction avec des résultats plutôt convaincants.
On peut ainsi regarder le travail de Pablo Valbuena du Medialab de Madrid :
et à l'échelle d'un bâtiment par exemple les projections du collectif Urbanscreen :
On peut également citer le travail des collectifs EXYZT, antiVJ, et bien d'autres.
L'idée n'est pas nouvelle, les trompe l'oeil se pratiquent depuis l'antiquité. Mais la facilité de mise en oeuvre, et la possibilité de faire varier dans des temps très courts ces habillages projetés ouvrent de nouvelles perspectives.
On peut ainsi penser à des applications de "réalité augmentée", intégrée dans un contexte urbain ou à l'échelle domestique. La "réalité augmentée" consiste à associer réalité et virtuel, pour des applications précises (par exemple la nouvelle version des logiciels sur iphone) ou tout simplement pour le plaisir.(on peut voir certains films Matrix ou ExistenZ comme des tentatives pour imaginer ce que seraient des univers où on ne pourrait plus distinguer la réalité du virtuel, c'est à dire une sorte d'aboutissement ultime de la réalité augmentée).